Mercredi 14 octobre, l’Institut de France a accueilli tables rondes et conférences d’historiens, de professeurs, de témoins de terrain et d’hommes politiques. C’est le premier colloque de la Fondation Kairos depuis sa naissance le 18 juin dernier. Il s’agissait de réfléchir à ce que l’école peut faire pour lutter contre le séparatisme islamiste. A distance et en présentiel, le colloque a réuni plus de 420 personnes, avec 360 lectures du stream live et 60 personnes présentes à l’Institut de France au fil de la journée.
La Fondation Kairos pour l’innovation éducative (téléchargez la plaquette de la fondation) est présidée par Xavier Darcos, administrée par Anne Coffinier, sa fondatrice, Chantal Delsol et Cédric de Lestrange. Elle est abritée par l’Institut de France. Répondant à la devise « innover pour transmettre, transmettre pour innover », elle cherche à améliorer l’éducation, notamment en soutenant les professionnels de l’éducation de tous horizons et les établissements scolaires libres et innovants qui associent ambition culturelle, ouverture sociale et capacité à innover pour mieux transmettre.
La matinée du colloque a commencé par trois interventions, de la part de l’ancien inspecteur général de l’Education nationale Jean-Pierre Obin, de Chantal Delsol, philosophe, et de Mathieu Bock-Côté, sociologue. Ces conférences ont permis de mettre en lumière la radicalisation présente dans l’école publique (selon Jean-Pierre Obin, 37 % des enseignants se sont autocensurés pour éviter des soucis avec leurs élèves, 31 % voient des actes antisémites dans leur établissement) et l’échec de l’école publique à « recueillir l’excellence » (Chantal Delsol), comme à « transmettre un patrimoine de civilisation » (Mathieu Bock-Côté). Xavier Darcos, ancien ministre de l’Education nationale et chancelier de l’Institut, a conclu la matinée.
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Jean-Pierre Obin – L’islamisme à l’école publique
Jean-Pierre Obin a décrit le phénomène d’islamisation de l’école publique française, dont il a été le premier à évaluer l’importance dans un rapport en 2004. Depuis 2015, « on ne met plus la poussière sous le tapis » : les atteintes multiples à la laïcité dans les écoles publiques sont enfin recensées officiellement. Aujourd’hui « nous dénonçons enfin l’adversaire islamiste par son nom », et c’est capital selon l’ancien inspecteur de l’Education nationale car, « comme l’indiquait Simone de Beauvoir, ‟nommer c’est dévoiler ; dévoiler c’est agir” ». Selon Jean-Pierre Obin, nous devons reconnaître que l’islamisme est notre adversaire, car, même si nous ne le souhaitons pas, l’islamisme a choisi de nous attaquer et nous n’avons pas le choix. Les différents rapports mettent en évidence la multiplication des contestations des cours, des actes antisémites poussant les élèves et les familles juives à quitter l’école puis le quartier (dans un mouvement plus vaste de stratégies de fuite résidentielle des familles, par crainte de certaines écoles touchées par la présence islamiste), du dénigrement des femmes, des actes de prosélytisme, de l’autocensure chez les professeurs qui n’osent plus traiter des pans entiers du programme en histoire, en sciences de la vie… Il a désigné les responsables de la pénétration islamiste de l’école publique, au premier rang desquels les décideurs politiques de droite comme de gauche. Dans une récente enquête IFOP (https://www.ifop.com/publication/droit-au-blaspheme-caricatures-liberte-dexpression-les-francais-sont-ils-encore-charlie/), et c’est un fait nouveau, 45 % des musulmans de moins de 25 ans déclarent que, pour eux, « l’islam est incompatible avec les valeurs de la société française ».
En 1989, le gouvernement a laissé les chefs d’établissement livrés à eux-mêmes pour traiter la question du voile. L’ancien député socialiste Yves Durand, présent dans l’assistance, a indiqué que l’affaire du foulard de Creil en 1989 a signé le début du renoncement de l’Etat face aux revendications islamistes. Selon Jean-Pierre Obin, aujourd’hui, c’est sur la question des mères voilées souhaitant accompagner les sorties scolaires que le besoin d’une règle claire se fait particulièrement sentir, pour ne pas exposer à nouveau les chefs d’établissement, à qui une responsabilité impossible est laissée. La confusion est accrue, selon lui, par le fait que Rodrigo Arenas, président de la FCPE, défend le droit des parents de faire du prosélytisme durant les sorties scolaires.
Chantal Delsol – Bourdieu contre Ferry ?
Chantal Delsol, philosophe, membre de l’Académie des sciences morales et politiques et administratrice de la Fondation Kairos, a montré comment « l’école renonce à imposer la culture française aux élèves issus de la diversité ». « Ce système égalitariste (cherchant à assurer l’égalité des élèves par un nivellement par le bas) pourrait être efficace à condition de supprimer la famille », comme Staline avait essayé de le faire. « Il n’y a que les familles qui puissent lutter contre cette situation, mais les conséquences en sont catastrophiques. » « Il est probable que nous avons été victimes d’une théorie dominatrice, la théorie de Bourdieu, dont le but n’était pas de promouvoir l’égalité des chances devant la réussite mais bien d’anéantir l’idée même d’une élite. » Mais « les élites ne renoncent jamais à transmettre leur culture ». Avec le délitement de l’école, il ne reste plus que la transmission assurée par les familles.
« Plus l’école égalise par le bas, plus les élites se reproduisent. » En Union soviétique, c’était la nomenklatura. « L’élite d’une société s’élabore quoi qu’il arrive. Et même un totalitarisme ne peut pas la supprimer. » « Les familles cultivées vont s’appliquer à combler le vide culturel de l’école. » Et nous deviendrons une société purement aristocratique, partagée entre 2 ou 3 % de gens supérieurement cultivés, à côté d’un immense peuple analphabète. La période républicaine de l’égalité des chances, grâce à l’exigence et à l’excellence, n’a peut-être été qu’une parenthèse, vite refermée.
Mathieu Bock-Côté – L’école et la diversité des cultures ; le piège du multiculturalisme ?
Le sociologue et essayiste québécois, présent en vidéo différée, a montré comment, alors que « l’école devrait transmettre ce patrimoine de civilisation, elle cherche aujourd’hui à le déconstruire ». Donc « on doit s’assurer que l’école renoue avec cet héritage de civilisation auquel elle n’aurait jamais dû renoncer » d’autant que « la déconstruction ne sait pas s’arrêter ». « Derrière l’universel se dissimulerait le privilège blanc. »
« L’école entend déconstruire l’idée de l’homme et de la femme » de sorte que « le réel n’existe plus ». « Comment peut-on espérer intégrer les nouveaux arrivants dans une société qui dément sa propre civilisation ? » Pour résister à l’adversaire islamiste, Mathieu Bock-Côté appelle donc à se battre au nom de nos valeurs universelles, mais surtout de notre civilisation, de notre identité singulière. Après avoir redit son « attachement aux grandes institutions communes », Mathieu Bock-Côté finit par un appel : « vu les circonstances historiques particulières qui sont les nôtres », « dans une époque troublée comme la nôtre, qui en vient à douter de la légitimité de cette civilisation qui nous a pourtant faits », il devient nécessaire de « défendre ces oasis de culture » que sont l’école à la maison ou les écoles entièrement libres, et qui sont finalement « des institutions où la tradition occidentale est préservée jusqu’à ce qu’elle puisse se redéployer au cœur même de nos institutions communes ». « Elles conservent ce que les institutions communes ne veulent plus conserver. »
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La deuxième partie de la matinée a consisté en une table ronde avec Franck Ferrand, historien, écrivain et journaliste, Jean-Robert Pitte, géographe et secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques, et Souâd Ayada, philosophe et présidente du Conseil supérieur des programmes de l’Education nationale. Les intervenants ont pu rappeler l’importance d’un « roman national qui unifie la nation, quitte à le nuancer ensuite » (Franck Ferrand) et d’un enseignement charnel de la géographie. Franck Ferrand et Jean-Robert Pitte sont d’accord pour souligner la nécessité de transmettre à l’école un socle commun de connaissances, sur lequel on puisse « faire nation ». Souâd Ayada a de son côté mis en garde contre les prétentions de l’enseignement religieux et le mauvais enseignement de la langue arabe et de ce qu’elle signifie dans le débat public.
Franck Ferrand a expliqué que l’école n’a pas à enseigner l’histoire comme on le fait à l’université, à savoir « de manière désincarnée » autour de débats historiographiques qu’il est impossible de comprendre si les élèves n’ont pas préalablement appris l’histoire. « L’histoire qu’on doit apprendre à tous les enfants, c’est un socle commun », des références communes à tous, quels que soient leur milieu social ou les idées politique de leurs parents, de sorte qu’ils « se sentent appartenir à la même communauté ». L’école pèche aujourd’hui par un « refus de la transmission et de l’incarnation ». « Il y a dans l’enseignement de l’histoire sous une forme incarnée, sous une forme quasiment mythifiée, de roman national (…) le moyen de lutter contre les désagrégations, les archipels. » Franck Ferrand a lancé un vibrant appel en faveur d’un meilleur respect de la liberté d’enseignement des professeurs. Il note d’ailleurs avec amertume que son succès comme historien médiatique montre surtout que l’école a trop renoncé à enseigner et faire aimer l’histoire.
Et Franck Ferrand de conclure : « Je crois beaucoup à la singularité, le plus bel antidote contre ce faux universalisme de nivellement (…). La singularité passe par la constitution par chacun de son propre Panthéon, de son propre univers mental. » « Lorsque l’histoire est incarnée, lorsqu’elle est riche de sensations et d’émotions, elle est la plus belle école de l’imagination, et donc le meilleur atelier de la singularité. »
Jean-Robert Pitte
Le Secrétaire perpétuel considère que la géographie est atteinte du même mal de désincarnation que l’histoire. Nombre de géographes font de la géographie sans terrain, uniquement chiffrée et économétrique, sans attention au réel, et donc sans capacité d’intéresser les élèves. Le géographe a plaidé en faveur d’un retour au mariage de la géographie et de l’histoire, qui serait le retour à une géographie incarnée donnant aux élèves une connaissance intime des territoires. Ce mariage remonte aux guerres de Religions et à la Fronde, périodes lors de lesquelles a émergé l’« idée qu’on ferait nation non seulement sur une volonté sentimentale et politique mais aussi sur un socle commun de connaissances » et en particulier sur une histoire et une géographie partagées. « La vision modélisatrice de la géographie a donné à penser que certaines solutions étaient applicables à l’humanité entière. » Elle a mis abusivement un signe d’égalité entre mondialisation et uniformisation. Et Jean-Robert Pitte de conclure que « l’ignorance géographique est une arme de destruction massive ».
Souâd Ayada
L’ancienne doyenne de l’inspection générale de philosophie, spécialiste de spiritualité et de philosophie islamiques, a abordé la question de l’enseignement du fait religieux et celle de l’enseignement scolaire de l’arabe.
Réservée à l’égard de l’enseignement du fait religieux, Souâd Ayada considère que l’« on ne peut enseigner à l’école que les aspects culturels et civilisationnels de certaines religions ».
Elle précise que « la manière dont l’islam est appréhendé (…) dans les manuels scolaires me semble à plus d’un titre critiquable ». La présidente du Conseil supérieur des programmes, qui parle dans le cadre du colloque en son nom propre, propose plutôt d’enseigner des éléments de la culture de l’islam « en les ancrant dans les disciplines constituées et constitutives de l’enseignement scolaire ». Ainsi, on pourrait étudier en philosophie comment Avicenne fut à l’origine de la distinction entre métaphysique et théologie. En histoire, on pourrait évoquer la relation respectueuse et profonde qui unissait Napoléon III à l’émir Abd-el Kader. En géographie, il serait intéressant d’intégrer les apports de l’explorateur Ibn Battuta ou du scientifique Al-Biruni. Bref, dans les programmes, nous gagnerions à mettre en avant des musulmans qui concilient leur appartenance à l’Islam et leur souci de connaissance et de savoir, de curiosité pour le monde.
S’agissant de l’enseignement de la langue arabe, dont elle a rappelé qu’elle était la langue liturgique de l’islam, une langue sacralisée, Souâd Ayada a indiqué que « le présentisme a eu raison des études classiques de l’arabe », que les vocations pour l’agrégation ou le Capes d’arabe font cruellement défaut et qu’on ne trouve plus de professeurs d’arabe pour le secondaire.
Cédric de Lestrange a fait remarquer que nous risquions de finir par transmettre aux enfants non pas un roman, mais un « anti-roman national » désormais, à travers les manuels et programmes actuels. S’agissant de la construction des programmes scolaires, tout en précisant qu’elle s’exprimait en son nom propre et non au nom du Conseil supérieur des programmes, Souâd Ayada déplora que la « revendication des uns et des autres de se retrouver dans les programmes fait passer au second plan la réponse aux besoins réels des élèves ». « Les pressions sont trop fortes ». En histoire et en philosophie, en dépit de la volonté d’un ministre, au vu de la manière dont on élabore les programmes dans une société démocratique, il est impossible de parvenir à quelque chose de satisfaisant et qui résiste à cette demande sociétale. »
Franck Ferrand a déploré que « nous n’entretenions plus rien de ce qui agrège » alors que nous « devons être le plus possible ensemble ». « Si ceux qui doivent développer le discours général ne sont plus capables que d’autocritiques, ce sont des facteurs de décadence mortels. »
Le chancelier Xavier Darcos a conclu la matinée en soulignant la variété des points de vue des intervenants du colloque, et a rappelé la satisfaction de l’Institut de France d’avoir accueilli la Fondation Kairos car cette grande institution fondée en 1795 a pour idéal de « cimenter la République », ce qui passe largement par l’éducation, au service de laquelle la Fondation Kairos travaille. Il souligna que le colloque se déroulait emblématiquement dans l’ancien collège des Quatre-Nations, qui devait agréger de nouvelles provinces à la France par la transmission du savoir, et a rappelé la phrase de Mirabeau : « La France sans école serait un agrégat inconstitué de peuples désunis. » Il a évoqué la figure du « petit père Combes », anticlérical notoire, qu’il opposa à la figure plus modérée de Waldeck-Rousseau, pour mettre en parallèle le contexte de la loi sur le séparatisme qui sera présentée le 9 décembre prochain en conseil des ministres et la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat dont ce sera précisément le 115e anniversaire ce même jour.
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L’après-midi s’est déroulé autour de deux tables rondes. La première réunissait Cécile Ladjali, enseignante et écrivain, titulaire du prix Femina, Murielle Magellan, scénariste et dramaturge, et Yasmine Chelha, étudiante à Sciences Po, originaire de Bobigny, formée durant sept ans à l’internat d’excellence de Sourdun. Cette table ronde a mis l’accent sur l’importance de l’exigence scolaire pour valoriser les élèves, auquel il faut faire découvrir leur potentiel. Cette exigence est illustrée par la lecture des classiques, qui permettent d’avoir une langue et une culture communes. Yasmine Chelha s’est d’ailleurs dite reconnaissante de l’exigence de son internat, qui lui a permis de changer son destin, chance que ses amis restés à l’école publique de secteur à Bobigny n’ont pas eue.
Cécile Ladjali et Murielle Magellan ont présenté les « Dialogues », tandem d’intervenants d’origines différentes qui témoignent dans les lycées de banlieue des vertus de la littérature et de la création, pour jeter des ponts entre des personnes qui sans cela n’auraient pas su s’apprécier. Pour elles, c’est la création, la littérature qui unissent au-delà des différences et c’est par un témoignage intime et passionné qu’elles peuvent convaincre les jeunes. Pour Cécile Ladjali, nous devons « proposer aux élèves ce qu’ils ne pourraient pas rencontrer sans nous ». Et Murielle Magellan d’ajouter « les mots, c’est le pouvoir ».
Yasmine Chelha, 19 ans, a livré un témoignage qui a édifié l’assistance, car elle a démontré la réussite de l’internat d’excellence : un attachement croissant au fil des sept années, un éveil à la culture, la naissance d’une ambition professionnelle et sociale avec les moyens de l’assumer. « A l’internat, l’autocensure n’avait pas sa place. (…) J’ai été à l’école ambitieuse. Oui, c’est le meilleur rempart au séparatisme. » « L’internat a fait de moi une femme et une citoyenne. Citoyenne car redevable à l’école de la République. »
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La journée s’est achevée par une dernière table ronde constituée d’Eric Diard, député LR des Bouches-du-Rhône, Kévin Boucaud-Victoire, journaliste-économiste, fin connaisseur de la pensée de Jean-Claude Michéa et de George Orwell, et Najwa El-Haïte, docteur en droit et adjointe au maire à Evry-Courcouronnes. François Pupponi a été finalement retenu à l’Assemblée nationale au dernier moment.
Le député Eric Diard s’est félicité de ce que, depuis 2015, les informations sont mieux transmises sur les atteintes à la laïcité à l’école publique, ce qui donne une image plus fidèle et plus inquiétante. Il invite à développer la résistance au séparatisme en donnant des armes supplémentaires à l’Etat et aux maires : accès de certains employeurs publics au fichier des radicalisés avant d’embaucher, contrôle des délégataires de service public. Il note qu’« il y a une sorte d’entrisme dans les écoles de la part des frères musulmans ». A une question de Cédric de Lestrange demandant si l’on ne se trompait pas de cible en renforçant les contrôles sur les écoles hors contrat, qui ne sont déjà pas du tout hors contrôle, l’auteur de La radicalisation au cœur des services publics (2020), pourtant favorable à l’interdiction de l’école à la maison, reconnaît (03.00.49 vidéo de l’après-midi) : « L’envers du décor, si vous faites l’inscription obligatoire dans les écoles à 3 ans et le renforcement du contrôle sur les écoles hors contrat – la plupart des écoles hors contrat [étant d’ailleurs] respectueuses des valeurs de la République –, ce sera le développement des écoles clandestines. (…) Il faut quand même que le gouvernement prenne cela en compte. (…) Les gens ne joueront pas le jeu ; (…) il faut donc que le renseignement territorial puisse réellement appréhender ces écoles clandestines qui sont le véritable danger. Ce ne sont pas les écoles hors contrat. Il y en a quelques-unes qui ont posé problème, mais c’est une infime minorité. »
Kevin Boucaud-Victoire
La crise de l’école est déjà ancienne. Guy Debord déjà pointait du doigt la dissolution de la logique. Christopher Lasch dans les années 1970 indiquait que « l’éducation de masse a fini par abrutir les privilégiés eux-mêmes ». Pour l’économiste Boucaud-Victoire, qui se décrit comme un anarchiste conservateur : « L’école a été tuée par l’alliance libérale-libertaire. » Les capitalistes ont voulu en faire un instrument rationnel de production de main-d’œuvre. Les libertaires et pédagogistes issus de la culture 1968 ont détruit la culture classique et l’autorité.
Avec quelques allers et retours (notamment un retour à la transmission sous Pompidou), les gouvernements de droite et de gauche n’ont cessé, de réforme en réforme, de promouvoir une « culture de l’ignorance », qui a détruit l’école et l’a livrée aux séparatismes.
Najwa El Haïté
Najwa El Haïté, docteur en droit, adjointe au maire d’Evry-Courcouronnes, analyse la manière dont s’est affirmée la crise de l’autorité dans l’école. Elle décrit les atteintes à la laïcité dès le primaire, mais aussi la ségrégation résidentielle. L’école en banlieue (à Evry-Courcouronnes) est sous la pression des ethnies, de la pauvreté, de la « parentalité » défaillante et des autres cultures (Internet), qui ouvrent la voie aux séparatismes.
Avec la municipalité, elle dit avoir tout fait, avec les élus, pour soutenir les enfants et les familles, mais cela n’enraye pas le mouvement de ghettoïsation croissante.
Najwa El Haïté, qui a réussi à faire démanteler plusieurs écoles clandestines, précise qu’« il ne s’agit pas de faire le procès des écoles hors contrat. Le véritable ennemi de la République, c’est les écoles clandestines » (à voir ici). « Soit on les découvre par surprise (…). On constate une augmentation des déscolarisations. On s’est dit, où vont ces enfants ? Est-ce qu’ils vont dans ces écoles clandestines ? Quand on les fait fermer, elles vont dans des villes où l’on est moins regardant… là où les maires pratiquent le clientélisme. »
Le problème de l’insécurité dans certaines écoles publiques a été soulevé tant par l’assistance que par Najwa El Haïté,qui a indiqué : « Le trafic de drogue dans les écoles… c’est une réalité dans certains territoires (…). Je comprends parfaitement les parents qui sont inquiets et qui ne veulent pas mettre leurs enfants dans ce type d’école où règne une insécurité flagrante (à voir ici). Il s’agit de la responsabilité de l’Etat (…) de répondre à cette insécurité. »
Une personne dans l’assistance a souligné le problème des certificats médicaux de complaisance que se procurent facilement les musulmans souhaitant déscolariser les enfants, et qui entraînent le remboursement du CNED par la Sécurité sociale, alors que bien souvent ces enfants ne suivent pas correctement la scolarité au CNED, sans pour autant être sanctionnés par le rectorat. « Il ne faudra plus fermer les yeux sur ces médecins qui font ces pratiques », reconnaît le député Eric Diard.
Sur le projet d’interdire l’école à la maison
En raison de l’actualité, les conférenciers ont abordé ou répondu à des interpellations de l’assistance sur le projet présidentiel d’interdire l’école à la maison.
Selon la responsable de l’enseignement à distance du groupe Hattemer-Legendre, 20 % des parents faisant l’école à la maison ont fait ce choix pour assurer la sécurité de leur enfant qui était menacée à l’école.
Pour Jean-Pierre Obin, qui a abordé ce point dans la matinée, il y aura visiblement un problème constitutionnel à interdire l’école à la maison.
Pour Axelle Girard, (vidéo à 2.52.48) directrice d’Educ’France, il faut noter que « l’écrasante majorité des personnes qui font l’école à la maison ou qui scolarisent leurs enfants dans les écoles hors contrat respectent les valeurs de la République. Et très souvent on regarde ces gens, très souvent à tort, comme des gens qui ne respectent pas les valeurs de la République ». « Parfois c’est le cas, et l’Etat sait bien où aller chercher et ne le fait pas. » Mais « à force de dire aux gens, et notamment aux jeunes, vous n’êtes pas comme nous, vous ne respectez pas les lois de la République, vous n’êtes pas dans la République, vous donnez aux gens l’envie du séparatisme et c’est très grave ».
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Conclusion du colloque par Anne Coffinier
Anne Coffinier, fondatrice de la Fondation Kairos et présidente de l’association Créer son école-Educ’France, s’est félicitée de ce que le problème des atteintes islamistes au bon fonctionnement de l’école publique soit aujourd’hui clairement reconnu, ce qui était indéniablement un progrès. Des initiatives concrètes montrent leur efficacité, comme en a témoigné la première table ronde de l’après-midi avec le travail de l’association « Dialogues » ou le témoignage relatif aux internats d’excellence. En revanche, les solutions officiellement à l’étude aujourd’hui par les responsables politiques semblent étonnamment décalées par rapport aux problèmes. Selon Eric Diard, le président de la République, malgré l’avis opposé du ministre Blanquer, ne voudrait par exemple pas légiférer sur la question pourtant brûlante des mères voilées accompagnant les sorties scolaires. Pour contrer le séparatisme islamiste, aucune mesure d’ampleur n’a été annoncée relativement à l’école publique, qui accueille pourtant 98 % des jeunes musulmans, lesquels sont, selon Jean-Pierre Obin, les premières victimes. En revanche, si elle est adoptée, cette future loi sera la troisième en trois ans à porter sur l’école libre hors contrat et l’école à la maison, qui sont ainsi rien moins que stigmatisées. Pour lutter contre la pénétration de l’islamisme dans l’école publique, on prétendrait donc interdire l’alternative qu’est l’instruction à domicile ou compliquer encore le développement des écoles libres hors contrat ? Le lien logique entre le problème et la solution est difficile à trouver, et tant le député Diard que l’élue proche de Manuel Valls, Najwa El Haïté, le reconnaissent : l’interdiction de l’école à la maison et les restrictions à l’encontre des écoles hors contrat se traduiront par l’essor mécanique des formes de scolarisation clandestine, donc hors de tout contrôle cette fois. Ce serait le contraire du but recherché.
Najwa El Haïté livre finalement les clés de compréhension de cette curieuse idée. A l’origine de ces mesures restrictives, on trouve le sentiment de perte de contrôle que ressentent l’Etat et les élus locaux à l’égard des jeunes toujours plus nombreux qui s’évaporent de l’Education nationale sans qu’on sache bien ce qu’ils deviennent. Mais là où la solution relève d’un amalgame malheureux, selon Anne Coffinier, c’est qu’en interdisant ou en stigmatisant comme on le fait actuellement les formes encadrées et contrôlées de libertés scolaires, on ne donnera aucun outil à la puissance publique.
En lieu et place de ces solutions aussi injustes que contreproductives, Anne Coffinier rappelle qu’« on a un problème d’application de la loi : à savoir inspecter les lieux connus pour être des écoles clandestines », et bien plus qu’un problème de loi inadaptée. Elle propose quelques solutions concrètes :
– instaurer des référents justice dans les écoles hors contrat pour garantir à ces dernières le moyen d’être certaines de ne pas recruter des personnes fichées S ;
– inspecter les lieux qu’on soupçonne d’accueillir des écoles clandestines, et qui sont bien souvent connus des renseignements territoriaux ;
– impliquer davantage le ministère de l’Intérieur dans les contrôles visant des écoles ou des familles potentiellement radicalisées.
Elle conclut :« La France, la République, les familles ont tous besoin de diversité éducative. Comme en 1984, nous voulons garder cette liberté de choix. Aujourd’hui tout le monde est concerné par l’école à la maison parce qu’il sait qu’il peut en avoir besoin un jour. C’est troublant de devoir se justifier pour utiliser une liberté fondamentale. C’est malsain d’avoir à demander un certificat médical qui va suivre son enfant toute sa vie et demain peut-être être source de stigmatisation. Cela infantilise en outre les parents qu’il s’agit par ailleurs de responsabiliser. C’est contreproductif alors qu’on sait qu’on ne sauvera l’école que si on crée un lien fort entre les familles et l’institution scolaire. On a besoin de diversité éducative. On a besoin aussi d’être moins crispés sur cette notion d’institution scolaire. Oui ! l’école est une institution de la République, mais il y a mille manières d’être un citoyen actif de la République. Et la première des choses, c’est de recevoir une instruction solide, une maîtrise de la langue efficace, et de n’être pas harcelé… La première des injustices, c’est l’inégalité d’une école publique à l’autre, en fonction de la carte scolaire. Nous avons tous besoin d’une alternative à l’école publique pour la stimuler. Souvenons-nous que la liberté scolaire est vraiment au cœur de la responsabilisation des parents sans laquelle on ne fera rien. »
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Le prochain colloque de la Fondation Kairos aura lieu à l’Institut de France en décembre 2020 ou en janvier 2021 sur l’école dans les zones rurales.
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